Utiliser le numérique de manière responsable, une utopie ?

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                                        -Roland Hangg-

image d’illustration sobre en ASCII-art décrivant un ordinateur

Il y a plus d’un an, j’écrivais cet article (Internet, numérique et vie privée) pour présenter l’état d’avancement de ma dé-GAFAMisation.

12 mois plus tard, force est de constater que j’ai encore parcouru du chemin sur la voie de la sobriété et de la liberté.

Je vous propose ici d’explorer quelques pistes qui pourront vous être utiles.

Tous les outils proposés ici sont libres et open-source, c’est-à-dire que leur code est ouvert, on peut l’auditer et vérifier qu’il ne cache pas un pisteur ou autre. Ce sont des biens communs.

Quitter Twitter, mais t’es fou ?

Dans mon précédent article, je vous présentais Mastodon, Peertube, Pixelfed ou Diaspora qui sont des alternatives décentralisées à (respectivement) Twitter, YouTube, Instagram et Facebook (et il y en a plein d’autres).

Mais malgré tous les efforts faits en ce sens, il est parfois impossible de se passer de YouTube, Twitter, Instagram ou Google Maps.

Heureusement, il existe quelques applications et extensions qui permettent, sur mobile ou sur le Web, d’éviter de faire fuiter ses données personnelles lorsque l’on se rend chez les géants (ou les petits) du Web.

L’intérêt de ces outils, c’est que vous ne serez plus traqués sur Internet :

  • Nitter est une interface alternative Ă  Twitter, qui respecte la vie privĂ©e. Ce qu’il faut comprendre, c’est que quand vous allez sur Nitter au lieu de Twitter, aucune requĂŞte ne partira de votre navigateur vers Twitter ou vers les diffĂ©rents sites de publimĂ©trie et autres rĂ©gies publicitaires. Vous Ă©conomisez donc votre vie privĂ©e et vous vous Ă©vitez toute la publicitĂ©. Vous ne voyez que le contenu utile, celui qui vous intĂ©resse. Pour info, Nitter est un logiciel open-source, vous pouvez l’installer vous-mĂŞme sur un serveur, ou vous pouvez utiliser une autre instance que celle que je vous ai proposĂ©e (voir une liste d’instances ici).
  • Invidious est le pendant de Nitter, mais pour YouTube. Il protège votre vie privĂ©e lorsque vous souhaitez regarder une vidĂ©o, tout en vous Ă©vitant la publicitĂ©. Et cerise sur le gâteau, il vous permet de sĂ©lectionner la qualitĂ© du flux vidĂ©o, donc de l’adapter Ă  votre besoin, et surtout, il propose un mode audio (utile pour les playlists musical et les podcasts). Retrouvez une liste d’instances ici : https://github.com/iv-org/invidious/wiki/Invidious-Instances.
  • Bibliogram, vous l’aurez compris, fait la mĂŞme chose pour Instagram. Vous trouverez une liste d’instances publiques ici : https://git.sr.ht/~cadence/bibliogram-docs/tree/master/docs/Instances.md.

Bon, maintenant, vous allez me demander : ça doit être pénible d’aller sur https://nitter.snopyta.org chaque fois que je veux lire un tweet, non ?

Non.

C’est là qu’entrent en jeu les extensions Firefox. Il y a Invidition et Nitterify qui vous redirigent automatiquement vers une instance Nitter ou Invidious lorsque vous cliquez sur un lien Twitter ou YouTube. Il y a PeerTubeify qui vous redirige vers la même vidéo sur PeerTube (lorsqu’elle existe), mais il y a surtout Privacy Redirect qui le fait à la fois pour YouTube, Instagram, Twitter et même Google Maps. C’est donc la seule extension indispensable.

Vers un Web -2.0

De la même manière que le respect de la vie privée est un principe qui semble avoir complétement disparu chez pas mal d’acteurs du Web, la sobriété patît également de ces nouvelles pratiques. N’importe quelle page Web fait plus d’un méga-octet, quand ce n’est pas 10Mo, embarque des frameworks et librairies JS et CSS, des images et effectue une multitude de requêtes HTTP. L’impact de ces pages n’est pas neutre, loin de là, surtout quand on le met en relation avec les millions d’utilisateurs qui naviguent parfois sur ces sites.

Pour info, voici une mise en perspective des impacts écologiques du numérique :

Alors, que peut-on y faire ?

Si on est un acteur du numérique, on peut adopter les pratiques du low Web, c’est-à-dire de l’Internet low-tech. Concevoir des pages Web frugales, ne pas avoir systématiquement recours à des images ou des vidéos, sinon, les compresser au maximum en regard de l’utilisation qui en sera faîte par les clients. Privilégier le HTML/CSS pur quand c’est possible. Bref, que du bon sens !

Quelques ressources sur l’internet low-tech et la conception éthique :

En tant qu’utilisateur, privilégier les alternatives frugales énoncées précédemment est une première piste. Réduire sa navigation sur ces sites en est une autre. Mais l’idéal pour commencer, ne serait-ce pas de connaître sa propre consommation ? The Shift Project, qui est un laboratoire d’idées autour de la transition énergétique, a développé une extension (Carbonalyser) qui vous permet de mesurer votre impact en termes de consommation d’électricité et de production de gaz à effet de serre (GES) lorsque vous naviguez.

image d'illustration de Carbonalyser

Une autre extension, low-web, optimise les pages Web que vous visitez en ne téléchargeant pas certains contenus, (avatars, boutons sociaux), en réduisant la qualité des images chargées, ou en bloquant certains fichiers. Dans certains cas, cela peut permettre de réduire drastiquement le poids de la page.

Dans le même registre, minimal propose une expérience de navigation minimale sur certains sites (Facebook, Amazon, Google ou Netflix) en épurant les pages de ces portails.

Enfin, les bloqueurs de pubs sont, par nature, low-tech, puisqu’ils réduisent les intéractions de votre terminal avec le Web au strict nécessaire (définition de frugalité). A ce titre, j’utilise uBlock Origin.

Quid des smartphones ?

En France, dû à l’énergie nucléaire quasi-décarbonnée, l’écrasante majorité (>90%) de la pollution des smartphones a lieu lors de leur fabrication (en Chine avec des matières premières Africaines, notamment). C’est pourquoi, avant toute autre chose, il faut tout faire pour conserver son téléphone le plus longtemps possible (en prendre soin, le réparer, acheter du reconditionné, ne pas le ranger dans le tiroir quand il ne convient plus, éventuellement installer un OS plus frugal, …).

Une fois qu’on a dit ça, qu’est-ce qu’on fait ?

On peut commencer par se demander si on a vraiment besoin d’un smartphone. Sachez que les bons vieux téléphones basiques existent toujours, qu’ils sont robustes, pas chers, qu’ils tiennent la charge et qu’ils permettent avant tout de téléphoner et envoyer des SMS ! Moi, j’y réfléchis sérieusement en tous cas…

Après, si le reconditionné ou le marché de l’occasion ne vous conviennent pas, il reste l’option Fairphone. Le concept du Fairphone est d’être plus éthique que les autres, dans le sens où ses matières premières ne sont pas extraites dans des zones de guerre, et comme il est modulaire, il est également plus écolo que les autres, car en cas d’écran cassé ou de batterie en panne, ces composants ne sont pas soudés au téléphone et vous pouvez les remplacer vous-même. Il s’agit d’un téléphone moyen à haut de gamme et plus cher que le prix du marché.

Pour les baroudeurs à l’esprit pionnier, il y a deux alternatives intéressantes et suffisamment stables pour être mentionnées, bien que je ne les ai pas testées :

  • Librem 5, un smartphone respectueux de la vie privĂ©e, non basĂ© sur Android (PureOS), dont la batterie est remplaçable, mais relativement cher…
  • PinePhone, qui est Ă©galement un smartphone respectueux de la vie privĂ©e, et sur lequel vous pouvez installer l’OS de votre choix parmi une liste d’OS dĂ©veloppĂ© par diffĂ©rentes communautĂ©s. Il y a notamment une version de Manjaro qui a Ă©tĂ© portĂ©e sur le PinePhone et qui est commercialisĂ©e.

De mon côté, j’ai toujours mon Fairphone2 acheté en Novembre 2017. Et comme il commençait à se faire vieux (problèmes d’autonomie et de lenteurs sous Android) et que je supportais de moins en moins que mes données ne soient pas sous mon contrôle, je l’ai passé sous LineageOS, puis, plus récemment sous /e/, qui sont tous les deux des systèmes d’exploitation basés sur la partie Open-Source d’Android, AOSP.

La raison pour laquelle je suis passé de LineageOS à /e/, qui sont pourtant très similaires, c’est que /e/ fournit un OS “clé en main”, avec un cloud (NextCloud) qui propose la synchro des photos, des contacts, un agenda, un compte email, etc., la couche microG qui permet d’avoir les notifications et autres fonctionnalités présentes sous Android, ainsi qu’un App Store custom qui permet d’avoir à la fois toutes (ou presque) les apps du Play Store, ainsi que celles de F-droid (applis open-source et libres). Qui plus est, il se base sur une grosse communauté de contributeurs et permet une installation sans souffrance (car il faut bien avouer que de ce côté-là, LineageOS n’est pas à mettre dans toutes les mains).

Et les applis alors ?

Je vous parlais précédemment de Nitter, Bibliogram et Invidious, qui, grâce à l’extension Privacy Redirect, vous permettent de sauver votre vie privée sur les réseaux sociaux. Sachez qu’il existe un éco-système d’applications qui permettent de faire exactement la même chose sur votre mobile (Android).

NewPipe est l’équivalent d’Invidious. C’est une appli qui se connecte aux serveurs YouTube pour vous proposer les vidéos sans pub et sans pisteurs.

MusicPiped fait la même chose, mais que pour le flux audio, ce qui est très utile pour écouter des playlists musicales ou des podcasts.

Et pour sortir complètement de l’emprise de Twitter, YouTube, Instagram et Google Maps sur votre téléphone, l’application ultime est UntrackMe. A l’instar de Privacy Redirect sur votre navigateur, elle vous redirige vers l’aternative éthique quand vous cliquez sur un lien YouTube, Twitter, Instagram ou Google Maps.

Voilà, avec ces applis, vous avez tout l’arsenal pour défendre votre liberté sur le Web.

Vous pouvez aussi utiliser la version mobile de Carbonaliser pour connaître votre consommation électrique et votre production de CO².

Mobilisez-vous !

Depuis que j’ai quitté Facebook il y a quelques années, il y a une chose qui me manquait et qui n’avait pas d’alternative similaire : la possibilité de créer des groupes d’affinité pour organiser des évènements. C’est maintenant possible grâce au super travail de Framasoft avec leur nouvelle mouture : Mobilizon.

Cette appli décentralisée et connectée au Fedivers vous permet de reprendre le contrôle sur vos groupes et évènements, de les partager sur Mastodon, d’échanger de manière privée et même de parcourir les évènements publics autour de vous.

Chut ! C’est un secret…

Si vous utilisez un gestionnaire de mots de passe, par exemple LastPass, lĂ  aussi il existe des alternatives.

Perso, j’utilise Bitwarden qui est un freemium open-source qui propose une extension Firefox et une appli Android.

Il y a aussi keepass qui mérite d’être cité.

Autres alternatives

On a déjà parlé de NextCloud qui est inclu dans l’offre /e/ mais que vous pouvez aussi utiliser en dehors de votre téléphone.

Concernant les emails, vous pouvez opter pour un fournisseur classique (NextCloud le propose par exemple), et pour ma part j’utilise ProtonMail qui est un fournisseur Suisse orienté sécurité et confidentialité des données. Il propose l’authentification double facteur ainsi qu’un VPN. Sur le plan gratuit, vous avez le droit à 500Mo de stockage, ce qui est largement suffisant pour des emails. Il y a aussi lilo qui propose maintenant un compte mail.

Dans mon précédent billet, je parlais de Qwant, Ecosia et Lilo comme étant des alternatives plus sobres et plus éthiques que Google et Bing. Et même si Qwant est plus vertueux que les autres car possède son propre moteur d’indexation, il y a une autre alternative qui me semble encore plus vertueuse : searX. C’est un meta-moteur, tout comme Ecosia et Lilo, mais il est très axé sur la protection de la vie privée et il est open-source, libre et installable chez soi. Même si ce n’est pas forcément ce que recherche la plupart des gens, ça veut dire qu’il n’est pas centralisé et qu’on peut choisir de faire sa recherche sur l’instance de son choix. Personnellement, j’utilise celle de /e/ : https://spot.ecloud.global/.

Conclusion

J’aurais pu parler de freshRSS que j’utilise comme alternative à feedly ou de plume qui est une alternative à WordPress ultra-légère, mais je me rends compte que cette démarche n’a pas de fin, ou plutôt, si on veut vraiment être sobre et protéger ses données personnelles, alors il faut réduire son utilisation du numérique.

Donc suite au prochain épisode…


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